Le petit casanoviste

Comment est né le site du Petit Casanoviste

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Giacomo Casanova et moi
Ma première rencontre avec Casanova date du début des années 2000 mais cette rencontre avait été préparée de longue date car la lecture a toujours été mon occupation favorite hors des obligations familiales ou professionnelles. Il était donc écrit qu’un jour je rencontrerai Casanova. Avant d’en venir à cette rencontre quelques précisions me concernant sont utiles pour comprendre la suite. Je suis un autodidacte ayant mal démarré ses études : bacc raté, travail en usine qui m’a fait découvrir ce pour quoi j’avais quelque don et reprise des études à 30 ans : découverte du bel outil que sont les statistiques, à l’université d’abord et au cours de l’Issec ensuite avec mon professeur Jean-Pierre Indjehagopian. L’apparition des tous premiers calculateurs programmables qui ne s’appelaient pas encore ordinateurs personnels m’a permis de découvrir une passion pour la programmation sur des sujets très variés : de la statistique aux mathématiques appliquées à la comptabilité ou l’optimisation des tâches répétitives. Je dois reconnaître que j’ai été pendant trente ans un technocrate plus attiré par les progrès de productivité que par les relations humaines. Quoique : devant une autre assemblée je parlerais de mes activités syndicales, de mes révoltes contre l’injustice ou les inégalités mais ce n’est pas le lieu.  Avant de poursuivre je dois rendre hommage à un homme extraordinaire qui m’a formé à la rigueur et à la recherche de solutions parfaites sur une foule de sujets. Monsieur Maurin était un ingénieur chimiste que l’indépendance de la Tunisier avait poussé à revenir en France. De chimiste il était passé à la comptabilité et à plus de soixante ans préparait le diplôme d’expert comptable (qu’il a réussi). Ses jugements étaient plus douloureux qu’un coup de règle sur les doigts et on ne recommençait pas deux fois la même erreur. Je crois que fut le seul maître dont j’ai accepté les jugements sans me rebeller.
Mais revenons à la lecture : depuis mon plus jeune âge je consacre l’essentiel de mon temps disponible à la lecture et il n’est pas une bibliothèque municipale où je ne me sois pas inscrit. Pour l’anecdote j’ai très tôt abandonné les méthodes classiques pour choisir mes livres ; critique littéraire ou conseil d’amis. Si la bibliothèque autorisait de prendre 6 livres à la fois je me promenais dans les rayons et prenais mes livres absolument au hasard. Sur les 6 je n’en lisais souvent que 4 mais cette méthode m’a fait découvrir des auteurs que je n’aurais jamais imaginé lire un jour. Qui, sauf raison professionnelle, irait lire « la guerre, petit traité de Polémologie » de Gaston Bouthoul ou un livre de Mandelbrot sur les fractales ? Et pourtant je les ai lus et j’y ai appris beaucoup de théories passionnantes. J’ai aussi découvert des auteurs de roman nordiques ou américains et des poètes comme Milosz. Mais, jamais je n’ai découvert sur les rayons des bibliothèques les mémoires de Casanova.Il s’est quand même trouvé un jour où je suis tombé sur mon premier livre de Casanova. J’avais acheté un lot de livres dont les auteurs m’intéressaient et dont la reliure m’avait plu. C’est dans ce lot des éditions suisse Fleuron que j’ai découvert « Histoire de ma fuite des prisons de Venise ». Le récit de cette fuite m’a passionné et j’ai voulu connaître ce personnage hors du commun. J’ai bien vite acheté l’édition Bouquins de 1993 et je me suis plongé dedans avec la passion habituelle. Dans un premier temps j’ai réagi comme le Prince de Ligne mais la lecture des notes, des commentaires, m’a poussé à élargir ma connaissance du phénomène Casanova. J’ai ensuite acheté une biographie du cardinal de Bernis puis les mémoires de Lorenzo da Ponté. Le vrai déclic s’est produit à l’achat des huit tomes des pages Casanoviennes. C’est en lisant cette revue que j’ai découvert peu à peu les noms des casanovistes qui ont cherché à confirmer la crédibilité du récit de Casanova et parlé de lui autrement qu’on l’avait fait à la découverte de ses mémoires. Cette grande famille de casanovistes m’a étonné, subjugué. Je me suis abonné à L’Intermédiaire des casanovistes et échangé quelques courriers avec Helmut Watzlawick qui m’a fait découvrir les derniers ouvrages parus sur Casanova. Je lui ai proposé un jour d’écrire quelque chose sur ces casanovistes inconnus du public. Avec sa modestie habituelle il ne m’a pas incité à persister dans cette voie. Les casanovistes n’ont pas besoin de publicité m’a-t-il dit. Je n’ai pas insisté mais j’ai continué à chiner tous les livres qui se rattachaient de près ou de loin à Casanova. Dans la même période, entre 2005 et 2010 un ami m’a demandé de faire un site sur l’activité de son association. Ne connaissant rien au langage html j’ai acheté les manuels nécessaires et cherche l’outil me permettant de faire un site sans difficulté. J’ai rapidement trouvé le bon logiciel et je me suis mis au travail.
J’ai ainsi fait très rapidement mon premier site et j’en étais assez fier. Etant passionné de photo j’ai ensuite fait des sites sur deux appareils photos anciens qui ont eu de nombreux lecteurs car j’ai pu signaler leur existence sur de nombreux blogs consacrés à la photo argentique. Pendant donc quelques années Casanova est resté en arrière plan de mes préoccupations. Je continuais bien à faire les salles des ventes, à chiner sur les sites de ventes en ligne mais sans d’autre but apparent que d’accumuler de la documentation. J’achetais des éditions que je revendais peu après car sans intérêt et parfois je tombais sur une pépite comme la correspondance d’Opiz et Casanova ou la lettre à Leonard Snetlage.
En 2011 la BNF a fait l’acquisition du manuscrit de Casanova. Une véritable bombe venait d’explose aux pieds des casanovistes et je crois que c’est à ce moment là que l’idée d’un site consacré à Casanova a du commencer à germer. J’ai d’abord écrit un petit texte de deux pages pour expliquer ma passion pour Casanova à quelques amis. Des ennuis de santé en 2014-2015 m’ont quelque peu perturbé et poussé à diminuer mes activités. Je me suis donc plus fréquemment retrouvé rivé à mon vieil ami l’ordinateur avec derrière moi ma bibliothèque casanovienne. L’idée de faire un site sur Casanova s’est alors précisée et je l’ai commencé pour m’aider à oublier mes soucis de santé.
Le but poursuivi était de combattre les idées reçues sur Casanova et de pousser les lecteurs à lire vraiment le texte de Casanova. La première décision à prendre quand on crée un site ou un blog est de trouver un nom de domaine qui ne peut pas être changé au gré des humeurs. Curieusement j’ai pensé à casanoviana, nom que j’avais du lire quelque part. Heureusement j’ai abandonné ce nom trop ésotérique à mon goût pour retenir en final : « le-petit-casanoviste. » La page de garde est également importante car elle doit informer le lecteur sur ce qui l’attend. Une phrase s’imposa assez vite : « Petite bibliothèque casanovienne pour découvrir et vous donner envie de lire Casanova ». Et beaucoup plus tard : « Casanova au-delà des clichés ». Au bout de quelques mois j’ai entrepris de nourrir ce site par des rubriques dont l’intérêt ne me paraît plus évident comme « la famille de Casanova » ou les tableaux de François Casanova. Encore que faire connaître le cadre familial de Casanova ne me paraît pas inintéressant.
Tout doucement, sans en prendre conscience réellement j’ai orienté mon site dans une autre direction : faire connaître le monde quasi secret des casanovistes. On ne peut pas lire ce qu’a écrit Charles Samaran sur Casanova sans s’intéresser à Charles Samaran. De la même manière, après avoir lu « Fata Viam Invenient » d’Helmut Watzlawick j’ai cherché à en savoir plus sur lui. Le site s’est ainsi nourri de nouvelles rubriques que j’ai réorganisées peu à peu.
Pendant longtemps je ne me suis pas préoccupé de l’audience de ce site. Je l’avais conçu sans objectif ni plan précis. En effet, un site doit répondre à plusieurs questions : sur quel sujet ? Dans quel but ? Pour quel public ? Quel style de présentation ? Faut-il prévoir le retour de commentaires ?
Pour la première question, pas de problème, le sujet est bien Casanova encore faut-il choisir entre plusieurs lectures : la lecture érotique,  la lecture philosophique ou celle des témoignages sur l’Europe au XVIIIème siècle ? J’avoue ne pas avoir clairement défini sous quel angle de lecture je construisais mon site.
Le public ciblé était le public immense de ceux qui n’ont de Casanova qu’une idée superficielle véhiculée par les journaux à scandales. Pour atteindre ce public il aurait fallu le faire citer par des relais touchant ce public. Je viens seulement de créer une page sur Facebook et l’audience mesurée par Google Analytics ne montre pas un intérêt particulier pour Casanova.
Les casanovistes n’ont pas besoin de mon site. Ils ont leurs propres relais de communication. De temps en temps l’un d’eux me signale la parution de son dernier ouvrage mais c’est tout.
En conclusion ce site me fait penser au désert des Tartares de Dino Buzzati paru en 1940. Chaque jour, comme le lieutenant Giovanni Drogo j’attends l’assaut des lecteurs de Casanova.